Drungilas, la colonne vertébrale

Sa simple présence a permis de rééquilibrer une équipe à l’agonie. En l’espace de deux mois, Adomas Drungilas (28 ans, 2,03m) a métamorphosé Kaysersberg. Le pivot lituanien a transmis au promu son sens du sacrifice.

Il est devenu papa pour la première fois dans la nuit du 28 au 29 décembre, et comme il le souligne lui-même, sa vie « va énormément changer ». Tout juste de retour à Kaysersberg, après avoir célébré Noël en famille en Lituanie, Adomas Drungilas est instantanément reparti dans son pays d’origine, lorsqu’il a appris que sa femme s’apprêtait à donner naissance à leur petite Dorothy.

« Un “gueulard” qui entraîne tout le monde dans son sillage »

Fabien Drago, l’entraîneur multitâches du KABCA, s’est une nouvelle fois mué en chauffeur jusqu’à l’aéroport de Zurich. Le coach a récupéré son pivot vendredi matin, à la veille de la réception de Besançon. Et il a tenu à se déplacer seul, histoire de profiter du trajet pour “briefer” longuement son joueur sur la rencontre du lendemain. « Quand il est arrivé début novembre, je l’ai invité à manger plusieurs fois chez moi pour qu’il s’imprègne de notre projet et rattrape le temps perdu pendant qu’il n’était pas là », raconte le technicien.

Deux mois plus tard, force est de constater que le pivot balte « a parfaitement compris son rôle ». Sous l’impulsion de sa dernière recrue (10,6 points, 6 rebonds et 11,7 d’évaluation en moyenne), “KB” s’est extrait de la zone de relégation. Le promu surfe surtout sur une inimaginable série de cinq succès consécutifs en N1. « Notre situation est comparable à celle d’un train, glisse l’intérieur. On est parti doucement, on a gagné un match, puis deux, et aujourd’hui, on a trouvé notre rythme. Nous avons pris conscience que nous n’étions pas une mauvaise équipe. Chacun, désormais, croit en son partenaire. »

Fabien Drago, lui, attribue l’essentiel des lauriers à son renfort lituanien. « C’est l’élément manquant, un roc doté d’un QI basket très élevé, s’enthousiasme le stratège haut-rhinois. C’est un formidable leader, un “gueulard” qui entraîne tout le monde dans son sillage. Sur le terrain, tu le vois transpirer. Il est venu avec une mission : nous sortir de notre situation délicate. Et il le fait de manière admirable, en affichant beaucoup de niaque et d’intensité. »

« Je n’abandonne jamais, c’est ma règle numéro 1 »

« Si le club n’avait pas besoin d’aide, il ne m’aurait pas appelé, sourit le destinataire des louanges. Je ne suis pas ce genre de joueur qui marque tout le temps vingt points. En revanche, je n’abandonne jamais, c’est ma règle numéro 1. Sur le terrain, je pourrais me battre jusqu’à ce que le sang coule… Et je ne pense jamais que l’on va perdre. Mon obsession est de prendre les bonnes décisions pour que cela n’arrive pas. En dehors du parquet, je suis très différent, je suis une personne calme. »

Le natif de Palanga – petite station balnéaire située au bord de la mer Baltique – fait en tout cas l’unanimité au KABCA. Tout le club semble être tombé sous son charme et tous les moyens sont bons pour le lui montrer. L’intéressé se dit extrêmement sensible à toutes les petites attentions dont il fait l’objet.

« L’entraîneur me demande constamment de le tenir au courant si j’ai besoin de quelque chose, confie Drungilas. Après l’accouchement, Willy (Berquier) et Amadou (Diagne) m’ont envoyé un SMS pour savoir comment se portait ma femme. Tout le monde a un comportement amical avec moi. J’aime aussi la façon dont les fans nous supportent. Ils sont toujours là, pas uniquement quand nous menons au score. »

Un vécu précieux

De Panevėžys (Lituanie) à Zalaegerszeg (Hongrie), en passant par Birsfelden (Suisse) et Oberwart (Autriche), Adomas Drungilas a fréquenté bon nombre de clubs de première division, au fil de sa carrière. Les pays en question ne sont, certes, pas tous des références en matière de basket, mais le pivot balte y a emmagasiné une « expérience » précieuse, dont il fait aujourd’hui profiter Kaysersberg. « J’ai appris différentes façons de jouer », résume-t-il.

À Cluj (en Roumanie) la saison dernière, il a même disputé la FIBA Europe Cup – la quatrième compétition continentale –, y compilant 6,1 points et 4,8 rebonds en un peu moins de 18 minutes de temps de jeu. Une courte escale à Latina (D2 italienne) a encore enrichi son parcours. « Après avoir été sélectionné en équipe nationale dans les catégories jeunes, il a pas mal baroudé, observe Fabien Drago, l’entraîneur kaysersbergeois. Il possède désormais un gros vécu et une faculté d’adaptation à toutes les situations. »

Il le prouve, actuellement, en portant le KABCA sur ses larges épaules.

« On a la volonté de le garder et on le lui a dit »

L’histoire ne dit pas encore si Adomas Drungilas aura l’occasion de poursuivre son immersion en Alsace au-delà du terme de sa pige, le 31 janvier. Avant que sa femme ne regagne la Lituanie, le pivot s’était accordé quelques sorties en couple, « à Mulhouse et Strasbourg notamment ». « Je ne me balade pas seul, lâche-t-il dans un clin d’œil. J’attends que mon bébé grandisse un peu et si je reste ici, dans quelques mois, ma famille me rejoindra en France. »

En coulisses, “KB” s’active pour prolonger son facteur X. « On a vraiment fait une bonne pioche, insiste Fabien Drago. On a la volonté de le garder et on le lui a dit. Le scénario idéal serait qu’il nous tire d’affaire et qu’il s’en aille ensuite en Pro B, car il le mérite. C’était aussi un peu le deal lorsqu’on l’a fait signer. »

Pour l’heure, en tout cas, la venue d’Adomas Drungilas s’apparente clairement à une opération gagnant – gagnant.

 

Source : DNA, Amaury Prieur (https://c.dna.fr/sports/2019/01/07/drungilas-la-colonne-vertebrale)